un-espace-de-poesie

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Influences

Sans ordre pré-établi, de manière subjective et non exhaustive, je publie dans cette rubrique évolutive les poètes d'hier et d'aujourd'hui qui me touchent et m'inspirent.

 

En retour, je vous invite à me laisser en commentaire un poème qui vous a inspiré, influencé, touché, bref un poème qui vous a fait aimer la poésie... cette rubrique en plus d'être évolutive sera ainsi interactive.

 

 

Demain dès l'aube

 

Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne,

Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m’attends.

J’irai par la forêt, j’irai par la montagne.

Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.

 

Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,

Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,

Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,

Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.

 

Je ne regarderai ni l’or du soir qui tombe,

Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,

Et quand j’arriverai, je mettrai sur ta tombe

Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.

 

Victor Hugo, extrait du recueil «Les Contemplations»

 

 

Mon rêve familier

 

Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant

D’une femme inconnue, et que j’aime, et qui m’aime,

Et qui n’est, chaque fois, ni tout à fait la même

Ni tout à fait une autre, et m’aime et me comprend.

 

Car elle me comprend, et mon coeur transparent

Pour elle seule, hélas! cesse d’être un problème

Pour elle seule, et les moiteurs de mon front blême,

Elle seule les sait rafraîchir, en pleurant.

 

Est-elle brune, blonde ou rousse? Je l’ignore.

Son nom? Je me souviens qu’il est doux et sonore,

Comme ceux des aimés que la vie exila.

 

Son regard est pareil au regard des statues,

Et, pour sa voix, lointaine, et calme, et grave, elle a

L’inflexion des voix chères qui se sont tues.

 

Paul Verlaine, Poèmes saturniens

 

 

El Desdichado

 

Je suis le Ténébreux, – le Veuf, – l’Inconsolé,

Le Prince d’Aquitaine à la Tour abolie :

Ma seule Etoile est morte, – et mon luth constellé

Porte le Soleil noir de la Mélancolie.

 

Dans la nuit du Tombeau, Toi qui m’as consolé,

Rends-moi le Pausilippe et la mer d’Italie,

La fleur qui plaisait tant à mon coeur désolé,

Et la treille où le Pampre à la Rose s’allie.

 

Suis-je Amour ou Phébus ?… Lusignan ou Biron ?

Mon front est rouge encor du baiser de la Reine ;

J’ai rêvé dans la Grotte où nage la sirène…

 

Et j’ai deux fois vainqueur traversé l’Achéron :

Modulant tour à tour sur la lyre d’Orphée

Les soupirs de la Sainte et les cris de la Fée.

 

Gérard de Nerval

 

 

Art poétique

 

De la musique avant toute chose,

Et pour cela préfère l’Impair

Plus vague et plus soluble dans l’air,

Sans rien en lui qui pèse ou qui pose.

 

Il faut aussi que tu n’ailles point

Choisir tes mots sans quelque méprise :

Rien de plus cher que la chanson grise

Ou l’Indécis au Précis se joint.

 

C’est de beaux yeux derrière des voiles,

C’est le grand jour tremblant de midi ;

C’est par un ciel d’automne attiédi,

Le bleu fouillis des claires étoiles !

 

Car nous voulons la Nuance encor,

Pas la couleur, rien que la Nuance !

Oh ! la nuance seule fiance

Le rêve au rêve et la flûte au cor !

 

Fuis du plus loin la Pointe assassine,

L’Esprit cruel et le Rire impur,

Qui font pleurer les yeux de l’Azur,

Et tout cet ail de basse cuisine !

 

Prend l’éloquence et tords-lui son cou !

Tu feras bien, en train d’énergie,

De rendre un peu la Rime assagie.

Si l’on y veille, elle ira jusqu’où ?

 

Ô qui dira les torts de la Rime !

Quel enfant sourd ou quel nègre fou

Nous a forgé ce bijou d’un sou

Qui sonne creux et faux sous la lime ?

 

De la musique encore et toujours !

Que ton vers soit la chose envolée

Qu’on sent qui fuit d’une âme en allée

Vers d’autres cieux à d’autres amours.

 

Que ton vers soit la bonne aventure

Éparse au vent crispé du matin

Qui va fleurant la menthe et le thym…

Et tout le reste est littérature.

 

Paul Verlaine, Jadis et Naguère (1885)

 

 

Initials B.B.
 
Une nuit que j’étais

A me morfondre

Dans quelque pub anglais

Du cœur de Londres

 

Parcourant l’Amour Mon-

stre de Pauwels

Me vint une vision

Dans l’eau de Seltz

 

Tandis que des médailles

D’impérator

Font briller à sa taille

Le bronze et l’or

 

Le platine lui grave

D’un cercle froid

La marque des esclaves

A chaque doigt

 
Jusques en haut des cuisses

Elle est bottée

Et c’est comme un calice

A sa beauté

 

Elle ne porte rien

D’autre qu’un peu

D’essence de Guerlain

Dans les cheveux

 

A chaque mouvement

On entendait

Les clochettes d’argent

De ses poignets

 

Agitant ses grelots

Elle avança

Et prononça ce mot

Alméria

 

Serge Gainsbourg

 

 

L'ennemi

 

Ma jeunesse ne fut qu’un ténébreux orage,

Traversé çà et là par de brillants soleils ;

Le tonnerre et la pluie ont fait un tel ravage,

Qu’il reste en mon jardin bien peu de fruits vermeils.

 

Voilà que j’ai touché l’automne des idées,

Et qu’il faut employer la pelle et les râteaux

Pour rassembler à neuf les terres inondées,

Où l’eau creuse des trous grands comme des tombeaux.

 

Et qui sait si les fleurs nouvelles que je rêve

Trouveront dans ce sol lavé comme une grève

Le mystique aliment qui ferait leur vigueur ?

 

– Ô douleur ! ô douleur ! Le Temps mange la vie,

Et l’obscur Ennemi qui nous ronge le cœur

Du sang que nous perdons croît et se fortifie !

 

Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal

 

 

Je voudrais pas crever

 

Je voudrais pas crever

Avant d'avoir connu

Les chiens noirs du Mexique

Qui dorment sans rêver

Les singes à cul nu

Dévoreurs de tropiques

Les araignées d'argent

Au nid truffé de bulles

Je voudrais pas crever

Sans savoir si la lune

Sous son faux air de thune

A un coté pointu

Si le soleil est froid

Si les quatre saisons

Ne sont vraiment que quatre

Sans avoir essayé

De porter une robe

Sur les grands boulevards

Sans avoir regardé

Dans un regard d'égout

Sans avoir mis mon zobe

Dans des coinstots bizarres

Je voudrais pas finir

Sans connaître la lèpre

Ou les sept maladies

Qu'on attrape là-bas

Le bon ni le mauvais

Ne me feraient de peine

Si si si je savais

Que j'en aurai l'étrenne

Et il y a z aussi

Tout ce que je connais

Tout ce que j'apprécie

Que je sais qui me plaît

Le fond vert de la mer

Où valsent les brins d'algues

Sur le sable ondulé

L'herbe grillée de juin

La terre qui craquelle

L'odeur des conifères

Et les baisers de celle

Que ceci que cela

La belle que voilà

Mon Ourson, l'Ursula

Je voudrais pas crever

Avant d'avoir usé

Sa bouche avec ma bouche

Son corps avec mes mains

Le reste avec mes yeux

J'en dis pas plus faut bien

Rester révérencieux

Je voudrais pas mourir

Sans qu'on ait inventé

Les roses éternelles

La journée de deux heures

La mer à la montagne

La montagne à la mer

La fin de la douleur

Les journaux en couleur

Tous les enfants contents

Et tant de trucs encore

Qui dorment dans les crânes

Des géniaux ingénieurs

Des jardiniers joviaux

Des soucieux socialistes

Des urbains urbanistes

Et des pensifs penseurs

Tant de choses à voir

A voir et à z-entendre

Tant de temps à attendre

A chercher dans le noir

 

Et moi je vois la fin

Qui grouille et qui s'amène

Avec sa gueule moche

Et qui m'ouvre ses bras

De grenouille bancroche

 

Je voudrais pas crever

Non monsieur non madame

Avant d'avoir tâté

Le goût qui me tourmente

Le goût qu'est le plus fort

Je voudrais pas crever

Avant d'avoir goûté

La saveur de la mort...

 

Boris Vian

 

 

Déjeuner du matin

 

Il a mis le café

Dans la tasse

Il a mis le lait

Dans la tasse de café

Il a mis le sucre

Dans le café au lait

Et il a reposé la tasse

Sans me parler

Il a allumé

Une cigarette

Il a fait des ronds

Avec la fumée

Il a mis les cendres

Dans le cendrier

Sans me parler

Sans me regarder

Il s'est levé

Il a mis

Son chapeau sur sa tête

Il a mis

Son manteau de pluie

Parce qu'il pleuvait

Et il est parti

Sous la pluie

Sans une parole

Sans me regarder

Et moi j'ai pris

Ma tête dans ma main

Et j'ai pleuré.

 

Jacques Prévert,  Paroles

 

 

 

Ma Bohème

 

Je m’en allais, les poings dans mes poches crevées ;

Mon paletot aussi devenait idéal ;

J’allais sous le ciel, Muse ! et j’étais ton féal ;

Oh ! là ! là ! que d’amours splendides j’ai rêvées !

 

Mon unique culotte avait un large trou.

– Petit-Poucet rêveur, j’égrenais dans ma course

Des rimes. Mon auberge était à la Grande-Ourse.

– Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou

 

Et je les écoutais, assis au bord des routes,

Ces bons soirs de septembre où je sentais des gouttes

De rosée à mon front, comme un vin de vigueur ;

 

Où, rimant au milieu des ombres fantastiques,

Comme des lyres, je tirais les élastiques

De mes souliers blessés, un pied près de mon coeur !

 

Arthur Rimbaud, Cahier de Douai (1870)

 

 

Les enfants qui s'aiment

 

Les enfants qui s'aiment s'embrassent debout

Contre les portes de la nuit

Et les passants qui passent les désignent du doigt

Mais les enfants qui s'aiment

Ne sont là pour personne

Et c'est seulement leur ombre

Qui tremble dans la nuit

Excitant la rage des passants

Leur rage leur mépris leurs rires et leur envie

Les enfants qui s'aiment ne sont là pour personne

Ils sont alleurs bien plus loin que la nuit

Bien plus haut que le jour

Dans l'éblouissante clarté de leur premier amour.

 

Jacques Prévert

 

 

Dis, quand reviendras tu

 

Voilà combien de jours, voilà combien de nuits,

Voilà combien de temps que tu es reparti,

Tu m'as dit cette fois, c'est le dernier voyage,

Pour nos cœurs déchirés c'est le dernier naufrage,

Au printemps tu verras, je serai de retour,

Le printemps c'est joli pour se parler d'amour,

Nous irons voir ensemble les jardins refleuris,

Et déambulerons dans les rues de Paris,

 

Dis, quand reviendras-tu,

Dis, au moins le sais-tu,

Que tout le temps qui passe,

Ne se rattrape guère,

Que tout le temps perdu,

Ne se rattrape plus,

 

Le printemps s'est enfui depuis longtemps déjà,

Craquent les feuilles mortes, brûlent les feux de bois,

A voir Paris si beau dans cette fin d'automne,

Soudain je m'alanguis, je rêve, je frissonne,

Je tangue, je chavire, comme la rengaine,

Je vais, je viens, je vire, je tourne, je me traîne,

Ton image me hante, je te parle tout bas,

Et j'ai le mal d'amour et j'ai le mal de toi,

 

Dis, quand reviendras-tu,

Dis, au moins le sais-tu,

Que tout le temps qui passe,

Ne se rattrape guère,

Que tout le temps perdu,

Ne se rattrape plus,

 

J'ai beau t'aimer encore, j'ai beau t'aimer toujours,

J'ai beau n'aimer que toi, j'ai beau t'aimer d'amour,

Si tu ne comprends pas qu'il te faut revenir,

Je ferais de nous deux mes plus beaux souvenirs,

Je reprendrais ma route, le monde m'émerveille,

J'irais me réchauffer à un autre soleil,

Je ne suis pas de celles qui meurent de chagrin,

Je n'ai pas la vertu des femmes de marin,

 

Dis, quand reviendras-tu,

Dis, au moins le sais-tu,

Que tout le temps qui passe,

Ne se rattrape guère,

Que tout le temps perdu,

Ne se rattrape plus...

 

Barbara

 

 

Comme un boomerang

 

Je sens des boums et des bangs

Agiter mon coeur blessé

L'amour comme un boomerang

Me revient des jours passés

A pleurer les larmes dingues

D'un corps que je t'avais donné

 

J'ai sur le bout de la langue

Ton prénom presque effacé

Tordu comme un boomerang

Mon esprit l'a rejeté

De ma mémoire, car la bringue

Et ton amour m'ont épuisé

 

Je sens des boums et des bangs

Agiter mon coeur blessé

L'amour comme un boomerang

Me revient des jours passés

A s'aimer comme des dingues

Comme deux fous à lier.

 

Sache que ce coeur exsangue

Pourrait un jour s'arrêter

Si, comme un boomerang

Tu ne reviens pas me chercher

Peu à peu je me déglingue

Victime de ta cruauté

 

Je sens des boums et des bangs

Agiter mon coeur blessé

L'amour comme un boomerang

Me revient des jours passés

A t'aimer comme une dingue

Prête pour toi à me damner

 

Toi qui fait partie du gang

De mes séducteurs passés

Prends garde à ce boomerang

Il pourrait te faire payer

Toutes ces tortures de cinglés

Que tu m'as fait endurer.

 

Je sens des boums et des bangs

Agiter mon coeur blessé

L'amour comme un boomerang

Me revient des jours passés

C'est une histoire de dingue

Une histoire bête à pleurer

 

Ma raison vacille et tangue

Elle est prête à chavirer

Sous les coups de boomerangs

De flash-back enchaînés

Et si un jour je me flingue

C'est à toi que je le devrais

 

Je sens des boums et des bangs

Agiter mon coeur blessé

L'amour comme un boomerang

Me revient des jours passés

A pleurer les larmes dingues

D'un corps que je t'avais donné

 

Serge Gainsbourg

 



15/05/2018
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