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Elvis, l'extraterrestre, deuxième partie

Au volant de sa voiture, alors qu’il rentre chez lui, James Brown est fébrile. Un enfant sans nombril, un anomphale, qui tombe du ciel dans une maternité, il n’a jamais vu cela. Il se souvient bien du livre d’un professeur farfelu, qu’il avait lu pendant ses études. Un professeur qui avait mené une enquête sur les circonstances obscures de la naissance de quelques grands personnages de l’histoire. Ce professeur soutenait que des personnages aussi importants que Copernic, Gandhi, De Vinci, Colomb et quelques autres qui avaient fait avancer, chacun dans leur domaine, l’humanité, auraient été des enfants substitués à la naissance pour remplacer un enfant mort prématurément. Dans des circonstances pour le moins mystérieuses. Dans chacun des cas étudié, un enfant sans parents serait apparu au moment de la naissance d’un autre enfant. Dans chacun des cas la mise en présence des deux enfants aurait conduit au décès inexpliqué de l’enfant né de ses parents. Dans chacun des cas, l’enfant tombé du ciel aurait alors remplacé l’enfant mort et chose extraordinaire, d’après l’auteur de l’ouvrage en question, sur la foi de quelques témoignages jugés peu crédibles et invérifiables, les enfants tombés du ciel n’avaient pas de nombril. Il avait alors fallu l’intervention d’un médecin pour trouer le ventre de l’enfant et lui créer ainsi un nombril artificiel évitant la propagation de rumeurs inopportunes au sujet de l’enfant.

 

L’auteur du livre en tirait la conclusion qu’il s’agissait là d’extraterrestres arrivés de manière inexpliqués chez les humains. Des extraterrestres missionnés depuis chez eux pour venir en aide à une humanité peu évoluée et peu capable d’évolution. Les progrès de l’humanité seraient ainsi l’œuvre de ces anomphales, ces êtres aux facultés spirituelles surhumaines.

 

James Brown, une fois arrivé chez lui, se précipite dans les rayons de sa bibliothèque pour retrouver l’ouvrage en question, Le mystère des anomphales, du Professeur Robert Johnson. Il y retrouve la liste des personnages en question, Newton, Copernic, Gandhi, De Vinci, Mozart, Galilée, Einstein pour les plus éminents. Alors qu’il est plongé dans sa lecture la sonnerie du téléphone retenti dans la pièce voisine. C’est l’hôpital, l’infirmière de garde lui annonce que l’un des nouveaux nés est en arrêt cardiaque, le fils de Madame Smith dont le jumeau est mort durant l’accouchement.

 

Sans perdre de temps James Brown saute dans un taxi pour rejoindre l’hôpital. Alors que les vitrines de la ville défilent sous ses yeux il tente de remettre ses idées en place. Un enfant venu de nulle part, anomphale, au côté d’un nouveau né qui meurt subitement, l’opportunité de prendre la place de cet enfant sans que personne ne s’en aperçoive, ni vu ni connu, sauf pour le médecin qui procède au changement moyennant une petite intervention sur le bébé pour lui créer un nombril. Cette thèse farfelue développée par le professeur Johnson, ne le serait-elle finalement pas ? La maternité de Tupélo en ce début du mois de janvier 1935 serait elle le théâtre d’une intervention extraterrestre ? Voilà le Docteur Brown plongé dans un abîme de perplexité.

 

Lorsqu’il arrive à la maternité de l’Hôpital il est trop tard, le seul survivant des jumeaux de Madame Smith est mort.

Pour le Docteur Brown il n’y a pas à hésiter plus longtemps d’autant que la solution au problème lui tend les bras. Au prix d’un secret partagé par le service où il officie, dans moins d’une heure chaque maman de la maternité aura son bébé et tout ira bien. L’autre perspective moins enthousiasmante serait de faire face conjointement à l’annonce du décès de son bébé à Madame Smith et à la révélation de la présence incompréhensible d’un enfant sans nombril dans son service depuis la veille. Ce qui ne manquerait pas de susciter une certaine effervescence médiatique autour de lui dont les conséquences quant à son image pourraient ne pas être favorable.

 

Accompagné de Marie, la jeune infirmière, le Docteur Brown pénètre dans le petit bloc opératoire de l’hôpital de Tupelo. Marie dépose l’enfant sur la table d’opération. Il ne faut alors pas plus de cinq minutes à James Brown pour percer le ventre du bébé au niveau de l’abdomen puis le recoudre en formant une petite étoile sur le ventre. Le bébé rejoint alors, dans les bras de Marie, la nursery de la maternité. Au petit matin sa maman pourra de nouveau le serrer dans ses bras. Pendant ce temps James Brown se charge lui-même de faire disparaître la dépouille du bébé mort de Madame Smith dans l’incinérateur de l’hôpital.

 

Au petit matin Vernon Presley s’habille rapidement, il s’est levé plus tôt que d’habitude pour rendre visite à sa femme à la maternité avant d’aller travailler. Il n’a pu encore s’y rendre malgré l’annonce du décès de l’un des jumeaux que sa femme attendait. Il a hâte de découvrir son fils, de revoir sa femme, imaginant le bonheur à venir dans leur modeste vie. Il pose son vélo près de la porte de la maternité et monte encore essoufflé les marches qui le séparent du service où son fils et sa femme l’attendent.

 

Longeant le couloir au bout duquel se trouve la chambre de sa femme, il entend la voix d’un bébé au travers des cloisons, une voix puissante et claire qui chante plus qu’elle ne jargonne des vocalises incompréhensibles. Arrivant devant la porte ou le nom de sa femme est écrit à la main, il s’aperçoit que c’est de là que provient ce petit concert. Lorsqu’il entre, il voit sa femme et Marie l’infirmière penchées sur le couffin de son fils, s’amusant de voir un si petit bébé dégager autant d’énergie. « Et bien ! » Dit-il « Il n’y en a déjà que pour cette petit star ! Je me sens déjà relégué au second plan ! » Reconnaissant cette voix aimante et familière Gladys se retourne et tombe enfin dans les bras de son mari, pour la première fois elle sent exister sa petite famille.

 

Le docteur Brown ne tarde pas à entrer dans la chambre. Il sert la main de Monsieur Presley et le félicite chaleureusement. « Eh bien ! On ne sait même pas comment s’appelle ce petit extraterrestre ! » S’exclame-t-il en jetant un regard interrogatif aux deux parents. « Elvis, Elvis Aaron » répond alors Vernon Presley. « Eh bien cher Monsieur, je suis prêt à parier que ce petit ira loin, très loin, croyez moi ! » Gladys et Vernon, sans comprendre, sourient gentiment. Quelque part, ils s’en foutent, ils sont heureux et c’est bien là la seule chose qui compte à leurs yeux.



27/04/2016
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