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Elvis, l'extraterrestre, première partie

C’est un jour comme les autres à la maternité de Tupelo. En ce début du mois de janvier, il fait encore nuit quand l’air frais du matin pénètre dans les chambres des jeunes mamans. Les infirmières qui se relaient dans le service font leurs transmissions avant la visite du pédiatre de garde. Marie termine son stage de fin d’études, elle sera infirmière diplômée à la fin de l’année. Elle aimerait intégrer l’équipe de pédiatrie, elle aime les enfants. Son rêve de devenir pédiatre s’est effondré après deux échecs consécutifs en première année de médecine. Elle a alors revu ses ambitions à la baisse en intégrant l’école d’infirmière. Des études qu’elle a menées sérieusement et sans difficultés jusqu’à ce jour. Marie a de l’admiration pour les médecins, son travail lui tient à cœur. C’est elle qui fera le compte-rendu de la nuit au pédiatre.

 

Il y a eu deux accouchements la veille au soir, deux petites filles, qui ont passé la nuit avec leur maman. Trois autres bébés plus vieux de vingt-quatre heures ont également passé la nuit auprès de leur maman respective, les réveillant toutes les deux heures environs et dormant à poing fermés à l’heure où la maternité se réveille.

 

A la nursery trois bébés également, deux garçons et une fille sous la surveillance bienveillante de l’infirmière de garde. Les mamans étant trop éprouvées par l’accouchement pour garder près d’elles leurs nouveaux nés durant la nuit. Notamment Madame Smith qui n’a donné la vie qu’à un seul des deux enfants qu’elle portait.

 

Rien d’exceptionnel donc à annoncer au pédiatre ce matin, juste la routine d’une petite maternité de la province du Mississipi. Il est huit heure trente, laissant ses collègues autour d’un café, Marie décide de faire le tour du service. Sans le dire elle appréhende un peu l’arrivée du pédiatre, un homme peu bavard à la personnalité très directe et sans faux semblants. Il aime avoir des réponses claires et précises aux questions qu’il pose et Marie doute d’avoir l’assurance nécessaire pour affronter cette situation. Elle sait qu’elle doit apprendre à faire face.

 

Après avoir visité les jeunes mamans dans leur chambre et s’être assurée que les bébés étaient bien installés et ne manquaient de rien Marie se rend à la nursery où les mamans pourront bientôt venir retrouver leur précieuse progéniture. Dans le calme feutré de la nursery Marie ne ressent que plus fortement son état de stress. Elle trouve cela idiot mais c’est plus fort qu’elle, les médecins l’impressionnent et elle n’a pas confiance en elle. Elle se penche sur chacun des trois couffins, les enfants sont calmes. Il n’y a rien à signaler. Elle se dirige vers la sortie quand un gémissement se fait entendre dans la pièce, un gémissement de bébé. Si Marie se sent défaillir c’est que ce gémissement ne provient manifestement pas des trois couffins qu’elle vient d’inspecter mais d’un quatrième rangé dans un coin de la pièce. Elle se retourne, sidérée et incrédule, il y aurait un quatrième bébé à la nursery ! Quelque chose lui aurait échappé ! Une information, une mauvaise transmission, une omission de sa part, cela ne peut-être que cela, une omission de sa part. Elle se voit déjà prise en défaut, en faute grave même. Oublier un enfant dans une maternité pour une infirmière, c’est juste une preuve d’incapacité majeure à occuper les fonctions auxquelles elle prétend. Interdite, les deux mains sur la bouche Marie se dirige vers ce quatrième couffin et découvre un bébé aux joues roses et au regard vif gigotant dans un pyjama qui n’est manifestement pas de ceux dont la maternité habille les nouveaux nés.

 

Marie regagne fébrilement le bureau des infirmières, il lui reste à peine dix minutes avant l’arrivée du pédiatre. Elle sort tous les dossiers et rapports journaliers du service pour identifier ce bébé inopportun et tenter de récupérer sa méprise tant qu’il en est encore temps. Elle recompte les naissances, vérifie les identités, les entrées et les sorties mais elle ne trouve aucune trace de ce bébé dans les papiers qu’elle compulse nerveusement. Elle se tient la tête entre les deux mains au dessus des dossiers lorsque la voix forte et paternel du Docteur Brown résonne dans le bureau : « Et bien mademoiselle, vous m’avez l’air bien préoccupé, est-ce que tout va bien ? »

 

La voix tremblante Marie, prise de court, assure au Docteur que tout est en ordre, qu’elle mettait juste à jour quelques informations dans les dossiers. « Bon, ben c’est pas la peine de faire cette tête là ! On n’est pas dans un service de soins palliatif ici ! Allez accompagnez moi pour la visite et tâchez de sourire Mademoiselle Marie » Dit-il avec un sourire somme toute bienveillant de chef de service soucieux de ses équipes.

 

Mortifiée, Marie suis le Docteur Brown dans les couloirs de la maternité. Les jeunes mamans sont fatiguées mais en bonne santé. Les mamans dont les bébés sont à la nursery seront autorisées à les reprendre avec elles dans leurs chambres après la visite du médecin.

 

Vient enfin la dernière étape de la visite, le Docteur Brown entre dans la nursery. Marie espérant avoir rêvé tourne son regard vers le couffin du mystérieux bébé. Les yeux ouvert fixant le plafond, le bébé est toujours là. Le Docteur se penche sur lui étonné de ne voir aucune fiche de renseignements médicaux à ses pieds comme c’est le cas généralement. Il interroge Marie « Et ce petit bonhomme… il est tombé du ciel ? » Marie fond en larme.

 

Quelques instants plus tard l’équipe entière des infirmières et le Docteur Brown sont réunis dans le bureau des infirmières pour tenter de comprendre d’où provient ce bébé. L’incompréhension est totale. Rien ni personne ne peut expliquer la présence de ce bébé dans le service. Aucune intrusion, ni trace d’intrusion dans le service n’a été relevée. Aucune présence ni comportement suspects non plus. Avant de prévenir la gendarmerie et le service de sécurité et de surveillance de l’hôpital, le docteur demande à Marie de l’assister pour ausculter le bébé afin d’évaluer son état de santé et peut-être trouver quelques indices quant à son identité. Marie obtempère, rassurée malgré tout, de ne pas être directement en cause dans ce remue ménage.

 

Le Docteur pose le bébé sur une table d’auscultation. C’est un bébé plutôt agité battant compulsivement des jambes et des bras tout en vocalisant des sons incompréhensibles. Il semble joyeux. Il a, à vu d’œil, pas plus d’une semaine. En silence le Docteur déshabille à présent le bébé. Son visage soudain se fige, après quelques secondes d’hébétude, le Docteur incrédule lâche : « Merde… c’est quoi ce bordel !» Marie interloquée demande « Que se passe-t-il ? » « Que ce passe-t-il ? Ben voyez vous-même… » Dit-il en s’écartant de la table de soin. Au premier abord, le bébé paraît tout à fait normal à Marie qui ne comprend pas et puis elle se fige à son tour… « Mon dieu ! » Dit-elle à son tour, n’en croyant pas ses yeux. « Comment est-ce possible ! » S’exclame Marie, « Ca j’en sais rien » réplique dépité le docteur.

 

Dans les instants qui suivent James Brown, pédiatre de son état, réuni tout son service dans la salle de garde des infirmières. Il a décidé d’attendre le lendemain pour annoncer la présence de ce bébé aux autorités et demande à tous les professionnels présent dans le service de taire l’information, au nom du secret médical, au moins jusqu’au lendemain.



27/04/2016
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