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42 jours

42 jours, c'est le temps qu'il a fallu à François Gabart pour boucler le tour du monde à la voile.

Un marcheur à pied peut en 42 jours parcourir environ 1000 kilomètres soit une traversée de la France d'est en ouest ou du nord au sud.

42 jours c'est une révolution, une traversée.

Le voyage peut aussi être un voyage intérieur, il est alors introspectif et poétique. C'est le jeu auquel se prêtent ces 42 poèmes dont 41 douzains en vers de huit pieds aux rimes alternées et un quarante-deuxième qui sera un texte en prose.

 

Jour 1

 

Comme à l'aube d'un long voyage

Je me réveille du coma

Devant moi, c'est un long sillage

Et je te vois déjà là-bas

Comme après un terrible orage

Qui, un matin me foudroya

Alors que je n'avais pas l'âge

Voici le temps du premier pas

Je vois au loin le paysage

Le chemin sinueux et plat

Je me souviens de mon village

J'en entends encore les voix

 

Jour 2

 

Je n'ai enfilé qu'un manteau

Et une paire de chaussures

Le jour se lèvera bientôt

Il traversera les fissures

Et les blessures de ma peau

Pour se projeter sur les murs

A l'intérieur de mon cerveau

Le jour est un premier augure

Quand la vie repart à zéro

Quand le coeur à soif d'aventure

Qu'il a faim d'horizons nouveaux

J'imagine déjà l'azur

 

Jour 3

 

Je suis encore enveloppé

De fraîcheur et de brume grise

Et je peine à me réchauffer

L'hiver, le froid reste de mise

Me traversent quelques pensées

Le souvenir de mes bêtises

Et de mes espoirs insensés

Aux finalités sans surprise

Las, je n'ai jamais renoncé

A sortir un jour de la crise

Quitte à marcher les pieds gelés

Et les yeux pleurant dans la bise

 

Jour 4

 

Déjà mon coeur prend l'habitude

De battre au rythme de mes pas

Surmontant les incertitudes

Les obstacles et les coups bas

Autant de choses qui s'éludent

Comme s'éludera le froid

La fatigue et la solitude

Il suffira d'avoir la foi

De faire fi des turpitudes

Et de marcher toujours tout droit

D'avoir la juste latitude

De garder la tête à l'endroit

 

Jour 5

 

Je fais ici le pas suivant

Et puis aussi celui d'après

Car dans mon dos, souffle le vent

Il souffle plus fort que jamais

Brusquement, je me sens vivant

Je sens le froid qui disparaît

Et j'ose espérer le printemps

C'est comme un rêve qui renaît

Et qui me pousse droit devant

Vers ce pays où je vivais

Où j'allais quand j'étais enfant

Des jours entiers dans la forêt

 

Jour 6

 

Là où pour la première fois

Ta main a caressé ma joue

Où je suis devenu ton roi

Sous le gui, entouré de houx

Te rappelles-tu de cela

De mes lèvres explorant ton cou

De tes bras refermés sur moi

Et ce silence autour de nous

J'y pense encore malgré moi

J'y pense encore malgré tout

Et lorsque je n'y pense pas

C'est mon âme qui se dissout

 

Jour 7

 

Qu'importe les gens que je croise

Qu'ils aient de bonnes intentions

Ou bien des idées plus sournoises

Ils ne savent ma direction

Et mon esprit souvent les toise

Trop absorbé par l'horizon

Et la profondeur bleu ardoise

Du regard dont tu m'as fait don

Adolescente kamikaze

Amoureuse sans condition

Au delà des mots et des phrases

Jusqu'à en perdre la raison

 

Jour 8

 

Le froid me laisse enfin tranquille

L'air est un peu plus doux ici

Sous mes pieds la route défile

J'irai ainsi jusqu'à la nuit

Un peu plus loin dans mon exil

Avant de trouver un abri

Quelqu'un qui offrira l'asile

Au pèlerin sans alibi

Au marcheur à l'âme indocile

Qui cherche à tromper son ennui

Dans les contrés souvent fertiles

D'une insatiable nostalgie

 

Jour 9

 

Souvent la nuit est transgressive

Elle se moque des tabous

Et l'âme y part à la dérive

Laissant le corps au fond du trou

La nuit l'enfance récidive

Elle fait sauter les verrous

Et nous éloigne de la rive

Ou la morale est à genoux

La nuit la mémoire est si vive

Que je sens parfois sur ma joue

Tes lèvres mouillées de salive

Ces lèvres qui m'ont rendues fou

 

Jour 10

 

J'y fais aussi parfois des cauchemars

J'y sombre aussi dans mes angoisses

Quand la mort montre ses mâchoires

Et que mon corps entier se glace

Se fige devant le miroir

Où mon regard vide s'efface

Qu'il n'est plus qu'un vaste trou noir

Où la mort trépigne et s'agace

Il y a toutes ces histoires

Sous mon oreiller qui s'entassent

Qui m'attendent là jusqu'au soir

Pour voir mon ultime grimace

 

Jour 11

 

Alors, je crie, je me réveille

Tout seul dans une chambre vide

Où pointe un rayon de soleil

Au matin, de nouveau lucide

Je me frotte les yeux, j'essaye

D'oublier ma première ride

En observant une corneille

Qui pourrait me servir de guide

Ou bien être de bon conseil

Au moment où je me décide

A arrêter d'être pareil

A ce fantôme un peu livide

 

Jour 12

 

J'ai repris mon chemin vers toi

Toi qui es le douteux miroir

De celui qui compte ses pas

Et arpente son désespoir

Jour après jour, mois après mois

En quête d'un nouveau départ

Voir de l'antre d'Ali Baba

Ou d'un petit instant de gloire

Chaque carrefour est un choix

Et chaque route est un hasard

Pour celui qui ne va pas droit

Qui a fait de l'errance, un art

 

Jour 13

 

Cette fois-ci je suis perdu

Il fallait que cela arrive

A marcher en vain et sans but

L'âme songeuse et régressive

Où suis-je donc ? Je ne sais plus

Il fallait pourtant que je suive

Celle que j'ai perdue de vue

Cette fille un peu trop furtive

Que j'ai vue un jour dans la rue

Marcher de manière lascive

Las, la belle a bien disparue

Et mon âme est dépressive

 

Jour 14

 

Je vais devoir me ressaisir

Et remettre les pieds sur terre

La vie c'est pas que du plaisir

Il y a des affaires à faire

Si l'on veut un jour réussir

Faut pas avoir le nez en l'air

Il faut prévoir et réagir

Il faut avoir de bons repères

J'ai décidé de m'en sortir

Malgré mes humeurs bipolaires

Malgré tous les éclats de rire

Et les jugements lapidaires

 

Jour 15

 

La marche est ma seule obsession

Avec elle, j'oublie le temps

J'oublie l'ennui des jours trop longs

Les heures passées sur les bancs

Des classes d'école, tout au fond

Où je rêvais tranquillement

Attendant la récréation

Attendant de devenir grand

Et d'être libre pour de bon

Pour ne vivre qu'à mes dépens

Loin de la petite maison

Où sont encore mes parents

 

Jour 16

 

Les gardiens du coffre au trésor

Du coffre aux mille souvenirs

Du seul et de l'unique port

D'où l'on part pour mieux revenir

Ils sont vieux, mais loin d'être morts

Ils sont là avec le sourire

Car ils n'ont plus aucun remords

Ni de colère à assouvir

Ils veillent sur l'enfant qui dort

S'émeuvent de ses premiers rires

La descendance vaut de l'or

Quand vient le moment de partir

 

Jour 17

 

J'aime marcher sous la pluie

Sentir le vent sur mon visage

Respirer l'air frais de la vie

Et voir descendre les nuages

J'aime les espaces maudits

Qui ne laissent pas d'héritage

Ceux pour qui personne ne prie

Je n'aspire à aucun sillage

Et je fuis celui qui me suit

Qu'il aille seul à son naufrage

Je n'attends rien de mes amis

Aucun lit dans aucune cage

 

Jour 18

 

La solitude m'est fidèle

J'aime son calme et son silence

Quand je grimpe dans sa nacelle

Et que m'entoure un vide immense

La vie paraîtrait presque belle

Quand le monde reste à distance

Et qu'il n'obscurcit pas le ciel

J'en oublie alors les outrances

Et les humeurs caractérielles

De ces gens qui toujours s'offensent

Qui toujours me coupent les ailes

Loin d'eux, je goûte à l'indolence

Des douces neiges éternelles

 

Jour 19

 

Je reprendrai goût à la vie

Je sortirai de ce pétrin

Et solderai mes amnésies

Je reverrai le jour enfin

Et retrouverai l'appétit

Que j'avais quand j'étais gamin

Quand, petits, on s'était promis

De faire ensemble le chemin

Je me souviens te l'avoir dit

Alors que tu serrais ma main

On restera toujours amis

A chanter le même refrain

 

Jour 20

 

Je marche malgré la douleur

Malgré l'ennui et la fatigue

Je marche pour aller ailleurs

Pour franchir les murs et les digues

Pour tordre le cou à mes peurs

Et parce que la vie m'intrigue

Je marche pour fuir mes erreurs

Sur les pas de l'enfant prodigue

Avec ton coeur dans le viseur

Ce coeur que si souvent, je brigue

Pour en retrouver la saveur

Je marche pour être ton zigue

 

Jour 21

 

Et pour que la vie ait un sens

Pour ne pas rester à l'arrêt

J'irai ainsi jusqu'à Byzance

En visiter tous les palais

Revoir, de tes yeux, la brillance

Le contour de ton corps parfait

Qui alimente ma démence

Et tous les rêves que je fais

Je marche vers les confluences

Où j'espère trouver la paix

Et la raison de mes errances

Je marche vers le jour d'après

 

Jour 22

 

Il est temps de faire une pause

De mettre un peu les pieds dans l'eau

Et ne plus penser à grand-chose

Juste laisser couler le flot

De l'eau fraîche qui me repose

Et contre un tronc, poser mon dos

Avec le bois, tenter l'osmose

Un échange en deçà des mots

Derrières mes paupières closes

La nécessité d'un repos

De laisser couler ma névrose

Au gré de ce petit ruisseau

 

Jour 23

 

Et puis, s'il le faut, m'endormir

Refaire confiance à la nuit

Pour y retrouver ton sourire

Et ce regard qui me ravit

Avant de devoir repartir

Car le rêve n'est pas la vie

C'en est à peine le soupir

Une parenthèse sans crédit

Au matin, il faut se tenir

Droit sous le soleil ou la pluie

Devant l'horizon qui s'étire

Quelles que soient les intempéries

 

Jour 24

 

Je ne fais que tourner en rond

Que ressasser les mêmes mots

Sur ce chemin un peu trop long

Où la vie me mène en bateau

Il n'y a pas de solution

Pas plus qu'il n'y a de panneau

Et pas la moindre direction

Pour sortir de ce monde clos

Qui ressemble à une prison

Un labyrinthe ou un ghetto

Un lieu triste et sans évasion

Où l'espoir est au point zéro

 

Jour 25

 

J'ai croisé deux ou trois vipères

Bien cachées entre les cailloux

Fielleuses comme des commères

Et jalouses comme des poux

Dans cette époque délétère

Dans ce monde devenu fou

Elles croissent, elles prospèrent

Elles ramassent tous les sous

Ce sont les nouvelles sorcières

Elles rôdent autour de nous

Elles jouissent de nos misères

Et de nous voir la corde au cou

 

Jour 26

 

Ma volonté a été faite

Je leur ai écrasé le crâne

Je leur ai marché sur la tête

Et j'ai rigolé comme un âne

C'est pas malin, c'est un peu bête

Mais je n'aime pas qu'on me tanne

Avec des ragots, des sornettes

Je déteste les gens insanes

Qui manigancent en cachette

Qui complotent et qui cancanent

Qui réduisent le monde en miettes

Et s'amusent des fleurs qui fanent

 

Jour 27

 

Je n'entre pas dans les églises

Le son des cloches me suffit

Tout le reste n'est que méprise

Ou au mieux, un piètre alibi

Endossé par les robes grises

Et les gens à genoux qui prient

Dans les heures qui s'éternisent

Des dimanches tristes et sans vie

Je ne veux pas de place assise

Dans un quelconque paradis

Je n'aspire qu'à la surprise

D'un petit pas dans l'infini

 

Jour 28

 

Juste un petit tour d'horizon

Une marche dans un ciel vide

Pour respirer à plein poumon

La fraîcheur d'un matin lucide

Quand vient la nouvelle saison

Et que se pose, un peu timide

Sur l'antenne de la maison

L'hirondelle qui me décide

A croire en ma destination

Elle pourrait être mon guide

La boussole de la raison

Un espoir un peu plus solide

 

Jour 29

 

Un espoir d'arriver au bout

Au bout de je ne sais pas quoi

Qui ne soit pas le fond du trou

Qui me rapproche un peu de toi

De ce petit rien qui fait tout

Qui fait tout s'éclairer en moi

En moi et puis aussi partout

Depuis ici jusque là bas

L'espoir de ne pas être fou

D'avoir osé le premier pas

Par delà ces foutus tabous

Pour ne plus être où tu n'es pas

 

Jour 30

 

Mon souffle et mon pas s'accélère

Les enfants s'en vont à l'école

En laissant derrière eux leur mère

Un jour, ils prendront leur envol

Un jour, leurs parents seront fiers

De voir leurs petites idoles

S'élever ainsi dans les airs

Moi, je suis resté sur le sol

Je suis un peu plus terre à terre

Et la gravité me désole

Je traîne ici bas ma misère

J'ai dans la poche une boussole

 

Jour 31

 

De quoi ne pas perdre le nord

Et dans la tête quelques images

Le regard de ceux qui sont morts

Le souvenir de leur visage

Le timbre de leur voix qui dort

De leur corps fatalement sage

De ces parents, jadis si forts

Avant l'imparable naufrage

Mais, moi vivant, je marche encore

Je me fraye un humble passage

Pour aller vers le prochain port

Pour trouver le prochain village

 

Jour 32

 

Tôt ou tard, la fin se rapproche

Il faut bien se faire à l'idée

Que ce foutoir, tout ce cinoche

Doit bien, un jour, se terminer

Un jour où le ciel sera moche

Peut-être à la fin de l'été

Où ta main, au fond de ma poche

Aura fini de s'amuser

Où nos aventures de mioches

Nos amours un peu débridées

Ces fils auxquels on se raccroche

Auront fini par se dénouer

 

Jour 33

 

Mais en attendant je t'espère

Je sens ta voix qui me caresse

Là-bas, pas plus loin que naguère

C'est tout mon être qui se presse

Au bout du chemin, solitaire

Laissant derrière, ma détresse

Et mon caractère lunaire

Pour un reliquat de sagesse

J'aurai supporté les enfers

Et abandonné ma paresse

J'aurai vaincu tous les déserts

Pour qu'un jour cette douleur cesse

 

Jour 34

 

Mon pas est désormais serein

J'en ai fini avec mes deuils

Je les ai tous fait, un par un

Ils sont tombés, comme des feuilles

J'ai soldé mon dernier chagrin

J'en ai franchi l'ultime seuil

Pour aborder le lendemain

Pour y jeter un premier oeil

Et retrouver ce vieux jardin

Peuplé d'arbres et d'écureuils

Bondissant au bord du chemin

Entre ces fleurs, que nul ne cueille

 

Jour 35

 

Je redécouvre cet endroit

Où je n'ai jamais cessé d'être

Tout ça pour en arriver là

Tout ça pour enfin me connaître

Pour découvrir à travers toi

Debout derrière la fenêtre

Ce à quoi, je ne croyais pas

Ce pourquoi, j'écrivais des lettres

En chuchotant ton nom tout bas

Si bas qu'il pouvait disparaître

Dans les brumes de mon coma

Dans les confins de mon désêtre

 

Jour 36

 

Le voyage est intemporel

Il s'enroule autour de rien

Il est fait de bouts de ficelle

Qui ne tiennent pas toujours bien

Fragile comme la dentelle

Voile pudique sur tes seins

Sur ton regard d'enfant rebelle

Sur la fine peau de tes mains

A ma quête, je suis fidèle

Elle a le parfum du destin

Et les écorchures cruelles

Des ronces croisées en chemin

 

Jour 37

 

Je ne ferai plus demi-tour

Trop souvent, j'ai fait marche arrière

A ne pas vouloir voir le jour

A cheminer dans les ornières

Et cultiver l'art du détour

Dans les impasses délétères

En discutant avec des sourds

Avec des profs un rien austères

Dans les amphis et dans les cours

Le savoir a un goût amer

Il n'aura désormais plus cours

Pour alimenter ma misère

 

Jour 38

 

Il y a des trains qui s'en vont

D'autres qui arrivent en gare

Les couples se font, se défont

Ca arrive et puis ça repart

Parfois le temps est un peu long

Parfois les trains sont en retard

J'ai cherché dans tous les wagons

J'ai cherché dans tous les regards

Une étincelle, une émotion

Un petit résidu d'espoir

Et puis j'ai tourné les talons

Je suis reparti dans le noir

 

Jour 39

 

Quand passent les gens, je me cache

Cramponné à ma solitude

A personne, je ne m'attache

Je renie toute servitude

Ami, il faut que tu le saches

Que tu me laisses en altitude

Au dessus des troupeaux de vaches

Et de toutes leurs turpitudes

Il est temps que je me détache

Du monde et ses vicissitudes

Ami, il faut que je te lâche

Que je parte, que je m'élude

 

Jour 40

 

Encore un dernier petit pas

Un dernier petit bout de route

Et je serai enfin là-bas

Là où me conduisent mes doutes

Là où je ne me savais pas

Au rendez-vous de ma déroute

Avec en moi, un bout de toi

Je suis passé entre les gouttes

Je ne suis donc fait que de ça

De quelques mots pour un sold out

Au bout du chemin, te voilà

Au bout de moi, coute que coute

 

Jour 41

 

Le coeur léger et l'âme en paix

Je suis monté dans la voiture

Histoire de finir le trajet

Pour aller là où se suture

Ces béances que j'ignorais

Là où j'entendais le murmure

De ce désir qui attendait

Patiemment à l'ombre d'un mur

Le mur est tombé, désormais

Et m'en vais à toute allure

Sur un chemin qui se défait

Enfin au bout de l'aventure

 

Jour 42

 

 Mais pourquoi donc ais-je décidé de finir le chemin à pied ? Pourquoi avoir laissé ma voiture sur le bord de la route ? Pour prendre le temps ? Prendre la mesure de l’importance du moment ? Profiter d’une matinée de printemps encore fraîche mais pleine de la promesse de l’été qui point à l’horizon ? Bizarrement je ne me l’explique pas. Je dois être troublé pour ainsi aller les bras nus et les mains dans les poches.

 

Je cherche les mots que je vais pouvoir lui dire, la façon d’offrir sans être ridicule, le bouquet de fleurs… Le bouquet de fleurs ! Merde… Il est resté dans la voiture avec ma veste et tous mes papiers ! Non mais quel con je fais ! Où ais-je la tête…

 

Je fais demi-tour, pas le choix. Je retourne à la voiture et je finirai le chemin avec. Je peux encore être à l’heure si je marche vite.

 

Un peu décontenancé par ce contretemps, je ne pense plus à rien et l’inquiétude me gagne sous la forme d’une légère mais profonde angoisse qui s’éveille au fond de moi. J’ai envie d’arriver rapidement à ma voiture pour reprendre le cour normal de la vie.

 

Déjà, je perçois au loin l’endroit où je l’ai laissé. Je presse encore le pas. Je ne ressens aucune fatigue, aucun essoufflement. J’avance.

 

Il y a de l’animation autour de ma voiture, d’autres véhicules se sont agglutinés autour dans la lumière intermittente d’un où de plusieurs gyrophares. Il s’est passé quelque chose, la route est bloquée. Il y a eu un accident.  Ma voiture a été prise dans un accident.

 

Elle est sur le toit, l’avant littéralement enfoncée, une autre voiture gît sur la chaussée dans un état aussi lamentable. Au bord du fossé, encore sur la chaussée, il y a un drap blanc posé sur le sol. Un drap qui recouvre la forme d’un corps. Il y a trois pompiers qui s’agitent sur ce qu’il reste de ma voiture. Ils semblent assister quelqu’un coincé à l’intérieur. Mais c’est juste impossible, j’étais seul dans ma voiture, cela n’a pas de sens, cela a de moins en moins de sens.

 

L’espace d’un très court instant où deux des trois pompiers intervenant sur ma voiture s’écartent, j’aperçois avec horreur la victime. Je m’aperçois avec horreur prisonnier et inerte dans l’habitacle défoncé de ma voiture. Je me fige dans le silence et la sidération.

 

Je suis mort.

 

Un léger mouvement sur le bas côté me sort de mon hébétude. Je tourne les yeux, c’est le drap blanc posé par terre qui a bougé qui se soulève et découvre le corps qu’il cachait...

 

Elle me regarde dans le calme de cette scène surréaliste. Elle se lève doucement sans me quitter du regard, tend la main vers moi et me dit doucement dans un sourire… « Eh bien… Tu viens ? »

 

Alors je prends sa main... Alors je pars avec elle

 

©Un espace de poésie 

 

 

 



13/03/2018
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